jeudi 23 août 2018

J'ai testé... la langue des signes!



Une nouvelle rubrique voit le jour sur ce blog! Je pensais y témoigner de diverses pratiques que j'expérimente avec mes enfants, qu'il s'agisse de portage, de cododo, d'allaitement, de communication, etc... Sans autre but que simplement partager mes ressentis, échanger avec ceux qui auraient testé les mêmes approches, ou ceux qui s'interrogeraient sur ces différents sujets. Un genre de "j'ai testé pour vous", somme toute =)

Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de la langue des signes.

Mes enfants ne sont pas malentendants, mais j'ai réalisé combien l'utilisation de cet outil pouvait être merveilleux pour faciliter la communication avec les touts-petits (outre le fait que cette connaissance continuera de leur être utile plus tard) Utiliser les signes incite à adopter une bonne attitude de communication : cela pousse à prendre le temps, à se mettre à la hauteur de l'enfant, à bien capter son regard. Ils peuvent alors très tôt commencer à exprimer leurs besoins basiques, ce qui est sécurisant pour eux.

Je n'ai pas employé la langue des signes avec mon aînée, qui a aujourd'hui quatre ans. Elle a su parler très tôt, à tout juste 20 mois elle faisait déjà des phrases construites avec verbe/sujet/complément (j'avais presque oublié et ne l'ai réalisé qu'en regardant récemment des vidéos prises à cette période!) Cependant  signer les mots les plus courants lui aurait évité bien des frustrations : je nous revois encore son père et moi, impuissants, face à une petite luciole de quelques mois qui s'échinait désespérément à nous faire comprendre quelque chose qui nous échappait complètement. Sa sensibilité étant exacerbée, et sa tolérance à la frustration très limitée, ça finissait presque toujours en crise.

Pour le petit bonhomme qui nous a rejoints trois ans après, une amie m'a offert "Bébé s'exprime par signes", un livre d'Anaïs Galon et Christine Nougarolles. Je n'avais jamais pensé à signer avec un enfant entendant, et ça m'a intriguée : je me suis lancée.

On peut entamer l'échange par signes dès 6 mois, en commençant par les mots du quotidien. Il faut bien penser à oraliser le mot tout en le signant, le but n'étant pas que le signe remplace la parole. Il existe plein de livres pour apprendre le LDS en même temps qu'on le transmet à l'enfant, un petit tour en librairie ou bibliothèque et on est sûr de trouver! Pour pouvoir comprendre et se faire comprendre de votre bébé, cela suffit, et souvent quelques raccourcis ou variations s’immisceront, ce sera alors votre petit langage à vous. (Mais pour apprendre le langage des signes complet de façon précise, et pouvoir échanger couramment avec des malentendants, mieux vaut se tourner vers une formation.)

Je ne peux que vous encourager vers cette pratique. Mani a maintenant un an et demi, il dit déjà quelques mots, mais se fait principalement comprendre par signes : "encore", "j'ai faim", "j'ai peur", "j'ai besoin de faire pipi". Depuis qu'il se sent compris, nos rapports sont plus fluides et la confiance est instaurée. Ça n'empêche pas la frustration, mais au moins, il est sûr qu'on a capté =D Dans des cas de dangers, les signes ont montré leur efficacité : "attention", suivi de "c'est chaud!" devant le poêle à bois ; hop il répète les signes en me regardant, non seulement ça le détourne de l'élan qu'il avait en direction du feu, mais il semble intégrer doublement le danger et s'en éloigne. 

Quelques références pour se lancer : 

* Communiquer avec bébé, un excellent ouvrage, hélas difficilement trouvable autrement que par internet (ici)

* Bébé s'exprime par signes, simple, assez complet, et efficace : ici

* Les vidéos de Symbolicone, une orthophoniste qui a fait de mini tutos sur youtube, pour plusieurs signes courants.

Bonne découverte à vous!


(Photo de ma luciole devant le feu 
par mon amie Ambre de l'Alpe).

mercredi 13 septembre 2017

Education bienveillante et réajustements.





Ce soir, j'ai envie de faire un petit point sur l’éducation bienveillante!

Parce qu’appliquer la parentalité positive quand on ne dort que quelques heures (le plus petit ayant décrété que faire ses nuits, c’était so mainstreamet que la plus grande, en pleine crise des trois ans, teste outrageusement tes limites à tout bout de champ… eh bien c’est sportif, oui oui ma bonne dame.

Et ça permet de prendre du recul sur pas mal de choses, de voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins, de réaliser qu’il y a des idées supers en théorie et pas du tout en pratique, etc… En voici quelques bribes, quelques pistes de réflexion.

Alors... Par où commencer? Ah oui!

Trop de choix tue le choix.

Oui.

Jusqu’alors, je laissais à ma fille une très large liberté de choix au quotidien, croyant bien faire, mais... sans imaginer qu’il pouvait y avoir un revers à la médaille. 

Être une maman à l’écoute, qui offre à son enfant la possibilité d’être acteur dans la prise de certaines décisions qui le concerne est non seulement génial, mais en plus, crucial dans sa construction en tant qu’individu qui fait ses choix et en comprend les conséquences. Mais. A mesure des expériences, quelque chose me pousse à dire qu’il y a des limites dans cette méthode, et qu’il s’agit de trouver un équilibre.

Je m’explique : notre enfant compte sur nous, parents, pour développer chez lui un sentiment de sécurité. Alors mettons-nous donc à leur place, comment se sentir tranquillisé lorsque l’adulte, le repère, le guide, donne l’impression de compter sur l’enfant pour faire le choix à sa place, voire qu’il ne sait pas lui-même quoi décider ? Ajoutons à cela la pression de la surinformation, qui entraîne à coup sûr la crainte, face à trop de choix, de ne pas faire le bon. Alors en croyant respecter son petit bout, on finit par l’égarer.

Quotidiennement, je demandais à ma fille comment elle voulait s’habiller ce matin, ce qu’elle avait envie de manger, où elle avait envie d’aller à tel moment, faire plutôt ou plutôt ça, etc. Et je sentais croître une certaine nervosité là où il me semblait qu’elle avait une porte grande ouverte sur de merveilleuses opportunités. En fait elle avait juste besoin de se sentir aiguillée, et se fichait pas mal d’être consultée sans arrêt. Pire, en fait, ça l’angoissait...

Donc à force de discuter avec d’autres parents qui fonctionnent comme nous, et tombent sur le même constat, mais aussi avec mes propres parents, j’ai décidé de rectifier un peu le tir. 

Laisser son enfant crouler sous une montagne de choix, ok, ce n’était pas la meilleure chose à faire. Mais tout décider à sa place, n’est pas bon non plus. Ma fille n’est pas un chien à qui je vais donner des ordres, elle m’obéit parce que ça a du sens, pas parce que « c’est comme ça, c’est moi qui décide, point »

Alors à force de tâtonner, on a instauré quelque chose de nouveau : chaque matin on liste nos « besoins du jour », pour avoir un peu le choix de ce qu'on a envie de faire dans la journée. Deux ou trois, pas plus. Souvent ce qui revient chez elle, c’est "lire telle histoire, jouer, être avec toi." Du coup moi j’évoque plutôt des trucs d’adulte (pas toujours le choix en même temps hein) bref des impératifs du type « faire la vaisselle ou désherber telle butte » pour que ça puisse être fait, mais en y ajoutant un petit truc fun qui rejoint son besoin de jouer. On trouve à peu près l’équilibre comme ça dernièrement, et notre quotidien a moins des airs de champ de bataille. En parallèle, elle a toujours de petits choix, du type voir si elle veut porter un manteau ou si elle estime qu'il fait chaud, par exemple. Mais on aiguille davantage, on balise le chemin, en quelque sorte. Et ça a l'air de porter ses fruits.

D’autres choses qui fonctionnent bien, sinon : restreindre le choix, par exemple ne plus avoir qu’à décider entre deux choses, mais aussi accompagner la réflexion dans la prise de décision, et surtout, proposer des choix qui ne concernent QUE l’enfant, rien qui n’implique une responsabilité (même minime, ça peut peser lourd sur de petites épaules) ou quoique ce soit d'extérieur.

Voilà pour le petit enseignement que j'ai reçu récemment.

Illustration : Wonderjane

On apprend en même temps que nos enfants. Et justement...

L'éducation positive construit des enfants qui s'éloignent des normes de tous les jours.

Oui. Ça fait des enfants bruyants, émotifs, qui n'ont pas peur de s'exprimer, qui cassent un peu la baraque. Ils passent souvent pour des mal élevés ou des casses-pieds. Ça demande de s'accrocher, d'y croire, de sentir que ça leur réussit et que ça leur servira plus tard. Malgré les regards sceptiques ou les remarques désobligeantes.

Sans oublier, comme une amie que l'a un jour fait remarquer, qu'appliquer l'éducation bienveillante, ça doit aussi passer par être bienveillant avec soi. Comment agir en toute sérénité si on manque d'empathie avec soi-même? Si on s'oublie, si on est hyper rigides? Ça ne peut pas fonctionner. On est juste humains, on fait des bourdes, on va en refaire, et ça ne fait pas de nous de mauvais parents.

Il y a toujours des moments de doutes, qui eux aussi, poussent justement à la réflexion. Surtout quand on est plusieurs mamans à échanger sur le sujet, à s’interpeller, à ouvrir le débat.

"La bienveillance, j’ai essayé et ça ne marche pas, regarde !"

La maman qui m’a dit ça il y a peu venait d’être confrontée à une grosse crise de la part de son enfant de quatre ans, du type « je me roule parterre à la moindre frustration et je pousse des hurlements à glacer le sang » (Peace, la mienne fait pareil) La maman a essayé de lui parler calmement et factuellement… ça n’a pas marché. L’enfant a tenu tête et la situation ne s’est pas débloquée. Elle était très remontée contre « tous ces discours bienveillants à deux balles ». Mais après coup on en a discuté toutes les deux à tête reposée et nous sommes parvenues je crois à soulever l’un des nœuds du problème. Cette maman a admis qu’à ce moment de crise –comme souvent d’ailleurs- elle était bienveillante uniquement en façade. En gros, elle applique la parentalité positive mais tout en transpirant l’envie de meurtre au couteau à beurre. Résultat, elle s’adresse mécaniquement à son enfant, sur un ton faussement doucereux et tout en tremblant de nerfs ; et ça, il le sent, ça le déstabilise complètement, voire même le pousse à chercher les limites un peu plus loin encore, jusqu’au point de rupture. Bref on en a conclu l’une comme l’autre qu’une façade bienveillante est pire qu’une maman qui assume ses émotions de l’instant et se met à crier.

Comme dans toute situation, c’est un coup à prendre, réussir à ne pas se laisser déborder ni envahir par ce que cela suscite de négatif en nous, respirer à fond, accepter les choses comme elles viennent. Une fois sur trois, je n’y parviens pas hein, ce n’est pas une leçon de morale mais simplement une piste de réflexion. Tu m’étonnes, hein, quand tu essuies une crise cataclysmique (devant témoins, pire…) c’est difficile de ne pas se sentir submergé.


Dessiner pour enrayer une crise de colère nous a récemment beaucoup aidés. J'ai proposé, à tout hasard, à ma fille au visage rubicond et aux sourcils froncés, qui venait de faire une grosse crise chez un couple d'amis, de "dessiner sa colère" sur de grandes feuilles. Elle a pris ses craies rouges et noires, elle a gribouillé sur de grandes feuilles, "un gros orage de tempête de colère!". Puis sur une autre, elle s'est dessinée, avec son petit frère posé sur sa tête, parce que "quand même des fois il prend toute la place..." Puis un dernier dessin d'une grosse rivière, là elle a beaucoup pleuré dans mes bras, puis tout s'est désamorcé. 


Bon elle s'est représentée souriante, ça va, quand même =)

Ça ne marche pas toujours aussi bien. Mais des fois, c'est chouette.

Le problème c'est que, souvent, conserver son calme dans des situations de crise (enfant qui tape, qui ne supporte pas la frustration, etc) apparaît comme un cruel manque d’autorité. Personnellement, j’ai cessé d’essayer de me justifier auprès des gens qui s’insurgent et lançent à tout-va des « A ta place, je n’aurais pas laissé passer ça. » On peut prévoir tant qu’on veut, se promettre des choses, en affirmer d’autres, rien ne se passe jamais comme on l’avait planifié. Moi, je préfère mille fois montrer à ma fille qu’on peut rester calme dans toutes les situations, plutôt que répondre par la violence verbale ou la punition juste pour montrer que c’est moi la patronne et être approuvée par l'entourage. Tant pis pour ceux qui désapprouvent. Il y en aura toujours.

Bref.
Je suis fatiguée, un peu.
Mais je crois toujours en l'éducation bienveillante.
Et je n'échangerais ma place pour rien au monde.

vendredi 17 février 2017

Quelques nouvelles?



Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous mon bidou de noix de coco : ces instants ont été très joliment cristallisés par mes amies Lorelyne et Ambre de l'Alpe.

Et j'en profite pour donner quelques nouvelles, puisqu'on m'en demandait!

36 semaines bien amorcées, rythmées par de franches contractions quotidiennes. Le terme est pour dans un petit mois, peut-être moins d'après les signes actuels. Le moral est plutôt bon mais j'admets être un peu au bout du rouleau. Difficile de dormir la nuit, alors je dévore bouquin sur bouquin en attendant le lever du soleil (le Clan des Otoris!) Je commence cette merveilleuse période de fin de grossesse où les émotions deviennent plus torrentielles encore  qu'à l'accoutumée : je passe du rire aux larmes, un petit rien prend des proportions énormes (quand je dis rien, c'est vraiment, vrrrraiment rien) et je n'ai plus l'énergie pour communiquer avec l'extérieur. Ça m'avait fait pareil pour la première, mais là ce n'est que décuplé : une bulle qui se resserre autour de moi. Physiquement, le corps se met comme en suspend, respirer, digérer, marcher : absolument tout est plus lent et difficile à accomplir, mais tout revêt du même coup un sens différent, on conscientise les choses autrement. Et grâce à mon super ostéo magique, je n'ai quasiment plus de douleurs au bassin (jusque là, je n'en parlais pas trop, mais c'était plutôt invivable...) 

Bref, le neuvième mois, c'est le moment où tout le monde dit que tu rayonnes, alors que tu as l'impression d'être juste une énorme chauve-souris hirsute =)


Il y a peu, nous avons visité le plateau technique de l’hôpital de Romans! Derrière ce nom barbare se cache quelque chose d'assez chouette : une salle d'accouchement entièrement mise à disposition pour le couple et la sage femme indépendante qui les accompagne. On sera donc libres d'agir sans aucune contrainte médicale, juste entre nous, chose qui me tenait particulièrement à coeur. Lumière tamisée, ambiance cocon, matelas posé au sol, pas de monitoring permanent, ni d'intervention extérieure, une totale liberté de mouvements... Ce qui devrait somme toute être la base de tout accouchement, mais je ne me relancerai pas éternellement dans le débat à propos de la naissance libre : Leboyer fait cela très bien.

Je dois admettre être pressée. Pressée de rencontrer mon petit lutin, pressée d'en finir avec le traitement médicamenteux, et pressée d'avoir enfin la certitude que le pire est derrière nous. Avec les bons résultats de l'amniocentèse, le protocole toxo s'annonce moins lourd que prévu : un scanner et un test ophtalmologique dans les dix jours après la naissance, puis une prise de sang par mois jusqu'à ce que la séronégativité soit réellement confirmée. On est optimistes et confiants! Après tous ces tumultes, on a mérité un peu de lumière...

Luciole est très impatiente de rencontrer son petit frère! Comme tout futur aîné, elle est agitée par le changement, et met un point d'honneur à me rappeler de ne pas l'oublier... C'est assez fatigant au quotidien mais j'y vois un processus naturel qui n'a rien d'alarmant.

Je vous laisse avec ces belles images qui m'ont émue très fort, et retourne me pelotonner dans ma grotte.





lundi 26 décembre 2016

Éducation bienveillante au quotidien.



Quand on tente de pratiquer au quotidien l'éducation bienveillante, ou toute méthode peu traditionnelle de parentalité, on se heurte bien souvent à des murs. Des réflexions indélicates, des incompréhensions totales, des jugements un peu prompts. Voire des situations dans lesquelles un proche va intervenir -en croyant bien faire- et carrément aller à l'encontre de tes idéaux dans sa façon de s'adresser ou de se comporter avec ton enfant. C'est un des grands défi de cette approche éducative : maintenir sa position et accepter de passer parfois pour un bobo laxiste qui va transformer ses enfants en tyrans capricieux. Ce n'est pas chose simple.

La bienveillance, l'acceptation, et ma petite tornade.

Je ne suis pas une maman parfaite. De toute façon, la maman parfaite n'a pas encore d'enfants. Oui des fois, je suis fatiguée, carrément dépassée, oui des fois, j'ai envie de baisser les bras, oui comme tout le monde il m'est arrivé de me mettre en rogne pour un rien après une succession de nuits hachées, et de le regretter ensuite. On devient parent du jour au lendemain, sans formation diplômante, sans préparation préalable, paf sans savoir nager c'est direct dans le grand bain, plonge et on verra bien. 

Alors, on essaye, on s'écoute, on se trompe des fois. On réfléchit à comment notre petit enfant intérieur réagirait à telle ou telle chose. On essaye de mettre en lumière ce qui est réellement important. Et s'il y a bien une chose dont je suis convaincue, c'est qu'un enfant quelque soit son age, a besoin de compréhension, de dialogue et d'empathie pour grandir en confiance.

Dans ce monde où on veut apprendre à tout prix à notre enfant à "obéir", à "être sage", à "contrôler ses émotions", difficile de trouver sa place. Les gamins transparents sont forcément les mieux perçus : c'est pratique, on les emmène partout, ils se font oublier tellement ils sont discrets. Combien de fois ai-je entendu  : "Le fils de biduletruc, il ne bouge pas, il ne dit rien, il est teeeellement sage..."  C'est super agaçant. 

Là, je regarde ma fille. On ne va pas se mentir, elle n'arien d'une impeccable enfançonne sortie tout droit d'une image d'Epinal, ou alors il faudrait monter fort le son et mettre en accéléré... Tout saisir, tout savoir, tout pouvoir, tout comprendre, tout vivre, être là, ressentir, exploser, demander, ressentir, encore, et encore, c'est elle, dans toute son intensité. 


C'est épuisant, mais je commence petit à petit à accepter. Accepter que la vie avec elle serait à fond, sinon rien. Accepté qu'on me regarde en biais. Accepté que ça ne se passe pas toujours comme je l'aurais voulu. Bon parfois encore, je m'excuse platement quand ma fille a fait le typhon alors que j'aurais juste souhaité boire un thé au calme avec une amie. Mais les amis, ils comprennent. Je les ai bien choisis =) Ils savent qu'un enfant n'est pas un pot de fleur. A d'autres gens, moins compréhensifs, j'essaye parfois d'expliquer qu'un tout petit n'est pas un adulte miniature, qu'il n'a absolument pas la même gestion des émotions que nous, et que ce que l'on peut qualifier de bête caprice peut avoir pour eux la teneur d'un tsunami émotionnel. L'apprentissage de la gestion des émotions est quelque chose qui prend du temps... dire que bien des adultes eux mêmes n'y parviennent pas encore... ;)




=)

Vouloir changer le monde, ça passe aussi beaucoup par l'éducation!

Chaque enfant est unique, et il n'existe pas de solution toute faite.


En revanche je demeure convaincue que les menaces, le chantage, les punitions, la compétition, le rejet des émotions, l'obsession maladive d'être bien perçu par les autres, ne sont qu'entraves et conditionnements. Et que renverser la vapeur ne pourra que renforcer la confiance, la créativité, la solidarité, le respect et la bienveillance. Nos enfants sont la génération de demain, ils vont faire le monde. 

... Et justement, vous le trouvez comment, précisément, le monde? Ce n'est pas terrible, hein. Entre la violence, le manque de liens, l'absence de communication, la peur, la jalousie, la mauvaise nourriture... Si nous apprenons à nos enfants de la même façon que nous avons appris, comment espérer un changement? Puisque ça n'a pas fonctionné jusqu'à présent?


Si nos enfants baignent dans nos doutes, nos prisons mentales, s'ils se sentent rabaissés, si on minimise leurs ressentis, si on ne les sensibilise pas à l'environnement et à un mode de vie sain... Rien n'évoluera jamais. Le serpent continuera à se mordre la queue.


Souvent j'ai entendu : "Mais c'est un enfant, il ne comprend pas, alors inutile de lui expliquer ceci ou cela." C'est vrai que les adultes ont tendance à imaginer qu'il faut s'adresser à un petit un peu comme à un benêt, avec des mots très basiques, et que de toute évidence ils ne comprennent rien. Pourtant, un enfant, même s'il n'a pas encore l'expérience ou encore la "maturité" cérébrale, va saisir bien plus qu'on imagine, ressentir très fort, parfois cerner des choses qui nous auront échappées à nous, les "grands".


En règle générale, on rabaisse souvent les petits...


Je me souviendrai toujours, j'avais six ou sept ans, on était en vacances avec mes cousins. Arrive sur la table des enfants un joli gâteau pour le dessert, et il y en avait également un prévu pour les adultes. Pendant qu'on nous sert, la personne qui avait cuisiné dit tout haut en désignant notre gâteau : "Au fait, celui-ci a mieux cuit que l'autre, il sera un peu meilleur." Et à une autre personne de s'écrier : "Mais tu aurais du le dire plus tôt! On aurait donné l'autre aux enfants, après tout ils s'en fichent, eux." Genre elle aurait pu proposer qu'on partage les deux pâtisseries, la ratée et la réussie, entre adultes et enfants. Mais non. Parce qu'on était des enfants, on était jugés comme étant aucunement en mesure de savourer les bonnes choses, et les adultes devaient forcément avoir la préséance. Ca m'a marqué. C'est juste un détail, une anecdote, mais c'est assez symptomatique de la perception qu'on peut avoir des enfants, qui méritent toujours "moins" sous le seul prétexte qu'ils sont petits.


Et quand les autres interviennent dans ton éducation...



Je ne peux pas en vouloir aux gens qui croient bon d'intervenir, surtout à ceux de la génération précédant la mienne. Ils ont eux-mêmes été conditionnés dans leur enfance : on ne leur a pas laissé d'initiative, ils ont souvent été punis, menacés, pas ou peu écoutés. On leur a appris à baisser les yeux et à se taire. Alors comment peuvent-ils concevoir que je laisse ma fille de deux ans et demi, par exemple couper des aliments avec un vrai couteau, enlever ses chaussures ou son manteau en plein hiver, sortir de table avant la fin du repas, grimper aux arbres? En revanche, je ne peux pas les laisser s'interposer sans réagir. Alors, je rattrape le coup à chaque fois tant que possible, en essayant de ne pas me fâcher, ni d'avoir à me justifier, parce que zut. Maintenant je ne m'adresse plus à la personne mais directement à ma fille. C'est plus simple, ça remet tranquillement les choses à leur place.

Quelques exemples...

"Tu vas te couper avec ce couteau!" 
Hop rattrapage : "Non, tu ne vas te couper, sauf si tu n'es pas attentive. Concentre toi bien sur ce que tu fais, j'ai confiance en toi."
Surtout que le simple fait de dire "tu vas te couper" risque précisément d'entrainer cela, un peu façon pensée créatrice.

"Il fait froid, habille toi!"
Rattrapage : "Si tu ressens du froid, n'attends pas d'être mal, et remets tes chaussures/ton manteau. A toi de sentir ce qui est mieux. Mais là, comme tu cours beaucoup en jouant, tu aurais en effet trop chaud avec tes affaires."
Souvent, on imagine que parce que nous avons froid, notre voisin aussi. Raté. A chacun sa résistance et ses ressentis. Moi je doute qu'un enfant se laisse mourir d'hypothermie juste pour le plaisir de dire non à son manteau.

"Si tu finis pas toute ton assiette, pas de dessert!"
Rattrapage: "Si tu n'as plus faim, ou que tu n'aimes vraiment pas, ne te force pas. Va jouer. "
Je n'ai pas envie de faire de l'heure du repas un traumatisme, mais un plaisir. Point.

"Je t'ai acheté des sucettes haribo, mais papa et maman m'ont interdit de t'en donner." *glups*
Rattrapage : Tu sais que ce qu'il y a dans ces sucreries, ton corps n'est pas très content de les recevoir, la dernière fois tu en as mangé et tu t'es plainte du ventre, rappelle toi. On ne veut pas interdire mais te montrer qu'il existe des choses bien meilleures : viens on va plutôt faire un gâteau ensemble!
Offrir un truc dégueu tout en mettant biiiien le doigt sur le fait que nous, vilains parents tyrans, on est contre, et on la prive, voilà qui fait toujours plaisir.

"Ouh t'es pas belle quand tu pleures! Arrête ton caprice! Qu'est-ce qu'ils vont penser les gens!"
Rattrapage : "C'est dur et tu as besoin de pleurer. Si tu peux, mets des mots dessus, je voudrais t'aider. On s'en fiche de ce que les autres pensent, ils ne savent pas ton chagrin, toi oui. Et tu es belle même les yeux mouillés, ce n'est pas le sujet."
Comment apprendre à un enfant à craindre le regard des autres et à se soucier de son apparence au moment où l'émotion devient ingérable...

"Olalaa j'ai peur! Tu vas tomber! Descends tout de suite de cet arbre!"
Rattrapage : "Untel s'inquiète. C'est sa peur, pas la tienne. Tu lui montres que tu sais redescendre toute seule? Ca le rassurerait."
Quand on crie "Attentiooon tu vas tomber!" à quelqu'un qui par exemple marche en équilibre sur un muret, ça le déstabilise, là paf systématiquement il tombe. Suite logique : "Je te l'avais bien dit." Super!





En fait, parent, la seule règle est : fais de ton mieux, avec le coeur, et sois en confiance avec ton enfant.

vendredi 16 décembre 2016

La délicate question de faire croire ou non au Père Noël...



Après avoir été une adolescente particulièrement blasée par les fêtes de Noël, je me surprends aujourd'hui à en apprécier à nouveau l'ambiance. Les lumières, l'odeur de bonne cuisine qui mijote, les yeux brillants des enfants, leur attente fébrile, les proches rassemblés, les bricolages, les échanges de petites attentions, ... J'imagine que ce regain d'intérêt provient du fait que je suis devenue maman : je me suis alors souvenue combien cette période était précieuse lorsque j'étais une petite fille. Tout revêtait une dimension tellement magique!

J'ai beaucoup pleuré en apprenant que le Père Noël n'existait pas. Je m'en souviens encore, c'est une fillette un peu plus âgée que moi, à l'école maternelle, qui s'est moquée un jour : "Haha l'autre elle croit encore au papa Noël!" J'ai ensuite pleuré dans les bras de ma mère, espérant être rassurée, mais celle-ci m'a alors avoué le subterfuge. Apparemment c'était pour me faire vivre un "noël magique". Cela partait évidemment d'une belle attention. Il n'empêche que suite à cela, longtemps après, je pensais encore que les adultes n'étaient finalement pas tout à fait dignes de confiance.

Luciole aura bientôt trois ans. L'an passé, elle a ouvert ses cadeaux en hurlant de joie, peu importe d'où ils venaient, tout était merveilleux. Mais cette année, ça se corse un peu : on doit choisir que lui dire à propos de ce brave Père Noël... 

Et ce n'est pas sans pression. Il apparaît partout! Dans les livres, sur les vitrines, dans les conversations. Les gens lui demandent gentiment : "Alooors, tu as demandé quoi à Papa Noël?" et jouent au jeu du "Tu as été bien sage hein au moins?", ses petits copains lui parlent de leur liste de jouets, du traîneau et de la cheminée, et certaines mamans que je fréquente s'offusquent carrément : "Quoi comment? Tu ne lui as pas parlé du Père Noël? Mais elle a droit à la magie quand même cette petite!" Ben... justement. Pour moi la magie de cette période, ce n'est pas forcément lié à ce bonhomme en rouge qui aura décidé si tu as oui ou non mérité tes cadeaux.

Ce que je veux faire vivre à ma fille, c'est la joie d'être ensemble, d'offrir à ceux qu'on aime, de recevoir par eux, de choisir des cadeaux utiles et qui durent, pas du made in China dont on se lassera dès le surlendemain. C'est une ambiance cosy et douce, les après midi à faire de la luge, l'odeur de gâteau qui cuit dans le four. C'est la décoration d'un joli arbre de notre jardin, les petits bricolages et autres ateliers qui rendent l'attente si excitante. Noël peut exister sans Père Noël. Il suffit d'ouvrir son coeur et de créer une ambiance, et dans les yeux brillants des petits, la voilà la vraie magie. En prime je m'évertue à apprendre à ma fille à ne pas mentir (elle commence doucement à glisser des petits craques pas méchants du type "Papa m'a dit que je pouvais!" ou "Oui oui, maman sait que je suis ici.") alors où est la vraisemblance si pendant plusieurs années je lui monte un bobard sous prétexte que ça rend Noël plus beau?

Hier, elle m'a enfin posé la fatidique question. "A Noël, le père Noël vient avec les cadeaux?" Même si je m'y attendais, j'étais quand même un peu prise au dépourvu. Mais je lui ai finalement répondu que c'était une belle histoire, une sorte de légende, que personne ne savait si c'était vrai mais qu'on avait parfaitement le droit d'y croire. Comme ça, elle a le bénéfice du doute, si vraiment ça pose souci. J'ai embrayé vite fait sur Saint Nicolas, puis je lui ai ajouté qu'à Noël elle serait gâtée et entourée, que je lui avais prévu plein de cadeaux chouettes, ses grands parents aussi, et qu'on poserait ses chaussons sous le petit autel de branchages. Elle a fait un grand sourire et puis on a changé de sujet. Bon maintenant le plus dur, ce sera qu'elle ne fasse pas de grosse gaffe auprès des autres petits.

Attention je ne blâme personne! Chacun est libre de faire croire ou non au Père Noël à ses enfants et de vivre cette période comme il l'entend. C'est juste mon point de vue, rien de plus. Jolies fêtes à tous =) A six mois de grossesse je suis évidemment privée de vin chaud (snif) mais il reste le jus de pommes aux épices!