samedi 6 juin 2020

A la rencontre de la colère



Une de mes plus importantes prises de conscience en tant que maman est d'avoir réalisé que lorsque je ressentais de la colère et pensais qu’elle se dirigeait tout droit contre mes enfants… en vérité, je me trompais.

Je parle de la colère écumeuse, mugissante, destructrice, vous savez, celle qui soulève en soi les remous noirs et poisseux de ce que l’on refuse de voir. 

Je parle de ces fois où mes enfants ne veulent rien écouter ni l’un ni l’autre, où leurs cris font vibrer tout mon squelette, où je me sens parfois minable dans mon incapacité à les apaiser.

Je parle aussi et surtout de cette pression terrible qui pousse à incarner la mère parfaite, celle qui ne lève jamais la voix, sourit en toute circonstance et règle les tensions d’un coup de baguette magique entre deux recettes de moelleux au chocolat.

Moi j’étais là si longtemps, avec cette colère à laquelle je ne laissais aucun droit. Et mes enfants, à leur juste place, jouaient inconsciemment mais non moins parfaitement leur rôle de catalyseurs... Les petits enfants ont tous en eux un radar qu’on ne peut tromper : si en nous, quelque chose n’est pas clair, pas aligné, ils le ressentent aussitôt. Les miens réveillent mes blessures d'enfant, mettent inlassablement le doigt sur ce qui fait encore mal, sur ce qui n'est pas réparé, pointent les failles dans ma charpente intérieure. Ils sont tous les deux des miroirs de ce que je suis. Et tous deux ont un rapport à la colère radicalement volcanique. Comment pouvait-il en être autrement?

Mon aînée est une dragonne, une guerrière. Dans la spirale dynamiques -pour les adeptes- elle se situe droit dans le rouge, et elle attendait en face la même réponse en terme d'énergie, d'élan, de posture. Plus je parlais, apaisais, conciliais, pire cela devenait, car elle appelait la guerrière en moi : celle qui guide, recadre, rassure avec des limites, annonce les siennes propres.

Je ne voulais pas de cette colère, jusqu’à découvrir combien elle est utile ! Elle parle pour nous-même, milite pour l’affirmation de soi, pour notre légitimité. Ce n’est pas une mauvaise émotion. Il n’existe, de fait, pas de mauvaise émotion! La colère est là pour nous redonner les rênes. Pour nous aider à trouver notre place. Je ne dis pas que hurler à longueur de temps sur ses enfants est légitime. Je dis qu'il s'agit d'accepter pleinement les émotions, sans les juger, d'accueillir la colère de nos petits et la nôtre propre, de mettre des mots sur ce que l'on ressent.

Le jour où je me suis dit « J’ai le droit de ressentir cette colère, et c’est légitime » j’ai découvert que j’étais bien davantage qu’une façade bienveillante, et j’ai enfin accepté qu’elle se craquelle, de ne plus être « la douce et la gentille Julie ». Et ce jour là, mon fils de trois ans m'a dit : "Maman, quand tu es en colère, y a aussi de l'amour dans toi. Moi aussi ça me fait ça." J'ai pleuré de soulagement comme rarement dans ma vie.

Ensemble on utilise un outil qui est rapidement devenu indispensable dans le quotidien : la fleur des émotions. J'ai tracé sur la porte du lieu où l'on vit une grosse marguerite dont chaque pétale représente une émotion, dessinée de façon claire et concise. Dans 8 cas sur 10, le seul fait de demander à mon enfant quelle émotion il ressent, en montrant sur la fleur, puis de décrire où l'émotion se situe dans le corps, libère quasi instantanément la tension. Je la prendrai en photo pour partager avec vous, si vous êtes curieux.

Remercions nos enfants pour ce qu'ils nous apprennent sur nous-mêmes. Et remercions-nous de savoir recevoir ces leçons. Face à la colère, l'adulte que l’on est devenu a les ressources nécessaires pour la traverser et pour comprendre son message. Laissons le vernis craquer pour laisser place à plus d'authenticité. Si la colère sort, l'essentiel est d'apprendre à la diriger, pour qu'elle ne vienne pas mettre en danger qui que ce soit, puis d'en reparler lorsque l'orage est passé, afin de comprendre les tenants et les aboutissants et de reprendre sa route où on l'a laissée.


vendredi 7 février 2020

Vie de maman, avant/après!

J'ai pas mal d'articles en suspend, qu'il me tarde de partager avec vous!

En attendant, un peu d'humour ne faisant jamais de mal, 
je me suis amusée à mettre en images un avant/après sur ma vie de jeune mère. 
Ou en quoi mon quotidien a changé depuis l'arrivée de mes deux petites crapules!



Mes départs en voyage, avant :



Mes départs en voyage... maintenant :




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Mes samedis soirs avant :


(Oui, bon, hein ! ^^)


Mes samedis soirs... maintenant :


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Mes lectures avant :



Mes lectures... maintenant :


( Ah oui et aussi"Au coeur des émotions de l'enfant" ainsi que "Elever son enfant autrement", 
et "La communication bienveillante", et puis "Masser son bébé", 
et aussi "Comment ne pas passer son enfant par la fenêtre après dix-huit nuits blanches consécutives", etc etc...
Bon, ok, pas que, mais j'aime bien exagérer un peu ;)


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Mes lessives avant :



Mes lessives... maintenant :



(Il y a un autre panier plein en attente juste à côté)

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Mes matins avant :



(Précision importante : mon thé est chaud)


Mes matins... maintenant :



(Précision importante: mon thé est froid et sur-infusé, posé quelque part à l'arrache)

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Mon lit avant :



Mon lit... maintenant :



(Et encore, z'avez pas vu le reste de la maison ^^)

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Quand je m'offrais des cadeaux, avant :



Quand je m'offre des cadeaux... maintenant :



(Ce porte-bébé Mei Taï est d'ailleurs trop chouette!)

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Du coup, j'ai aussi envie de vous montrer que tout ça en vaut la peine.












L'Amour inconditionnel. Le vrai. 
Celui qui ne tutoie ni limites, ni raison. 
Celui qui me ferait déplacer des montagnes entières s'il le fallait, juste pour eux deux.
Il vaut bien quelques thés froids et un peu de cernes sous les yeux, pas vrai?

=)

jeudi 6 février 2020

« Mais tu n’es pas à l’école aujourd’hui ? Elle va dire quoi la maîtresse ? »





La rentrée a eu lieu lundi dernier. Pour nous, le réveil n’a pas sonné : ce fut une rentrée à la maison, comme l’année passée.


Ce qui nous séduit dans l’instruction en famille ? Des valeurs très simples. Avant tout la liberté ! Etre à l’écoute du rythme de nos enfants. Gérer nous-mêmes tranquillement notre emploi du temps. Suivre un apprentissage totalement informel, basé sur la spontanéité et la curiosité naturelle, et ainsi découvrir qu’il est possible d’apprendre avec plaisir, de tout simplement en avoir envie.

Chose non négligeable, le papa et moi détenons le luxe d’avoir… eh bien, le temps, tout simplement. On a l’un et l’autre fait le choix d’une vie simple sans profession chronophage. Du coup ce temps libre dont nous disposons, nous pouvons l’employer pour l’apprentissage de nos lutins. Tout le monde n'a pas cette chance, nous en avons bien conscience!

Chaque petit moment du quotidien peut alors devenir une occasion d’apprendre. Chez nous, rien de formel. Tout dépend des envies. Parfois, je suggère. "Tiens et si on faisait de la lecture aujourd'hui?" Des fois c'est un oui enthousiaste, des fois c'est "ah non là j'ai plutôt envie de jouer aux dinosaures, ou d'aller faire des boutures de thym avec papa" Pas de notes. Pas d'horaires. Juste la vie.




La luciole a quatre ans et demi. Elle ne tient pas toujours bien son stylo, c'est une tornade qui ne sait pas rester assise très longtemps, parfois elle ne dit pas bonjour, elle ne connaît pas de comptines populaires, déborde en coloriant et ne découpe pas droit avec ses ciseaux. En revanche, elle sait reconnaître une quinzaine d'espèces de plantes comestibles différentes, nommer plein de dinosaures dont j'ignorais totalement l'existence (c'est son dada du moment), expliquer comment fonctionne un volcan,  différencier une planète d'une étoile d'un coup d'oeil, chanter par coeur Les ogres de Barback, couper proprement avec un couteau aiguisé. Et écrire/déchiffrer en majuscules, compter jusqu'à quinze, faire de petites additions. C'est la magie de l'apprentissage libre. Le petit lutin a un an et demi. Il grandit en totale motricité libre, c'est la première étape de l'aventure.

Je me suis toujours promis que si l'un ou l'autre de nos deux lutins réclament un jour l'école, je ne ferai pas barrage. Pour le moment, ce n'est pas l'ambiance. Il y a peu, nous sommes justement passées près d'une école avec luciole, pendant une récréation. "Oh? Mais pourquoi ils sont en cage, les enfants?" A t-elle demandé. - Pour délimiter l'espace, il y a une barrière, ai-je répondu. Ça évite aux gens extérieurs à l'école de rentrer, et aux enfants de sortir en dehors des horaires autorisés. - Ah. J'aime vraiment bien être de l'autre côté de la barrière, moi, maman. Et nous avons poursuivi notre route jusqu'à la médiathèque. Où la bibliothécaire lui a posé la question qui tient lieu de titre à cet article. (Sa réponse fut simplement : J'ai pas de maîtresse alors elle ne dira rien du tout.)

On nous répète souvent : mais il faut bien qu’ils s’adaptent! ... Nous vivons dans une société qui est à mon sens profondément malade. Comment pourrais-je un seul instant souhaiter à mes enfants de s’y adapter ? C’est précisément en cultivant leur liberté, leur autonomie, en les sortant du moule, en leur offrant une vision nouvelle, en ne les soumettant pas, que nous pouvons espérer un jour guérir ce qui peut encore l’être.

( Et puis, je fais partie des gens qui ressentent le monde actuel comme aux prémices d’un virage grand V, d’un tournant majeur, alors au final c’est peut-être plutôt la société qui finira tant bien que mal par s’adapter à eux!)



Ce qui m'effrayait un peu, dans cette aventure non sco, c'était avant tout le manque de sociabilisation. Heureusement, on  a vite noué des liens forts avec des parents d'autres enfants non scolarisés, sur un rayon de quelques kilomètres autour de chez nous. Depuis on se voit toutes les semaines pour faire des activités tous ensemble. Et on parle de fonder notre propre école libre d'ici l'an prochain!

Des fois, j'ai un peu peur. D'être débordée. De me perdre dans ce rôle de maman-éducatrice. De ne plus du tout trouver de temps pour moi. De me faire fustiger par l'inspection académique lors des contrôles à venir.

Et puis je me rappelle pourquoi on a fait ce choix. J'en vois les bienfaits au quotidien. On en discute avec les amis qui sont dans la même dynamique, et ça me rappelle que je ne suis pas seule. Et que le plus beau cadeau que je peux faire à mes lutins, c'est de respecter leur liberté.

Merci de m'avoir lue jusqu'au bout.

jeudi 2 mai 2019



En ce moment, je relis Le Prophète de Kalil Gibran, et un fameux passage résonne fort à chaque lecture, celui qui aborde le sujet des enfants, où il y est dit, entre autres : 

"Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même, Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas."

... Ainsi que : "Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes, Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous."

Lire cet extrait me remplit d'humilité, et me rappelle que vous souhaiter libres, mes enfants, c'est aussi accepter qu'un jour vous preniez peut-être un chemin différent du nôtre.

Nos choix et nos valeurs, nous avons à coeur de vous les transmettre. Mais on ne sait pas de quoi demain sera tissé. Peut-être aurez-vous envie de nous envoyer balader, nous, notre forêt profonde et nos grands principes. Peut-être que vous nous reprocherez un jour de ne pas avoir été des parents "normaux", ceux avec qui les choses sont certainement beaucoup moins alambiquées.

On aura seulement oeuvré à transmettre ce qui nous semble juste, essentiel, et précieux, dans ce monde à la dérive. Vous serez libres d'en faire ce qui vous semblera bon. Je vous souhaite seulement de vous sentir heureux dans les choix futurs que vous ferez, et de garder une petite place, nichée dans votre coeur, pour ne pas oublier d'où vous venez... Que vous avez été des enfants pieds nus par tous les temps, que la forêt était votre maison, qu’on n'avait pas la télévision mais un feu de bois qui crépite et des copains assis autour, que vous connaissiez les plantes bien avant de savoir lire, que le frigo était un pot en terre cuite, que dans notre yourte on bouquinait à la bougie. Et que des gens pour beaucoup cabossés, que la société pourrait juger voire rejeter, se sont comportés auprès de vous comme le ferait une vraie famille.

On aura planté quelques graines... Le reste vous appartient.

lundi 24 décembre 2018

Retour d'un voyage à la roots, en famille, aux Canaries...!



Cette aventure tenait un peu du challenge : deux enfants en bas âge, des gros sacs à dos, de quoi camper de façon rudimentaire, une contrée inconnue et aucun plan pré établi. A notre image somme toute, à la roots (...bon d'aucuns diraient plutôt à l'arrache ;) )

L'heure est au bilan!

Voyager avec des petits enfants, ça met évidemment en jeu bien plus de paramètres que lorsque l'on part tout seul ou en couple. Davantage de matériel à transporter, un semblant de rythme à respecter, limitation des prises de risques, etc...

Réserver des hôtels et anticiper un circuit avec le guide du routard ne nous ressemblant pas, on a opté pour une aventure à l'aveuglette, en compilant bien sûr quelques infos, et en comptant à la fois sur notre bonne étoile, notre habitude de la vie au grand air, et sur les rencontres qui jalonneraient notre route. L'instinct a toujours été le meilleur des alliés.

Le voyage a duré un peu plus d'un mois et demi, entre Tenerife, la Gomera et Lanzarote.





Avant quand on me disait "Canaries", par méconnaissance j'imaginais d'interminables plages paradisiaques sur fond d’hôtels de luxe, et ce n'était pas le type de destination qui m'attirait. Au final, s'il y a un peu de cela selon les coins, c'est avant tout un archipel extrêmement varié en terme de paysages et de (micro)climats!

A Tenerife, nous ne nous sommes pas beaucoup attardés, mais avons apprécié quelques très belles randonnées et fait de chouettes rencontres. Lanzarote, aux paysages spectaculaires et lunaires, m'a conquise en tant que photographe, mais ne se prêtait en revanche guère trop à l'errance d'une famille de backpakers désireux de se perdre into the wild.

Notre coup de coeur, et là où nous avons passé le plus de temps, c'est la Gomera.
De cette île, je me remémore avec nostalgie le vert intense des forêts luxuriantes et humides, des figuiers de barbarie, des aloés et des agaves qui envahissent les champs en terrasses, des maisons colorées blotties dans les ravins, des falaises abruptes battues par les embruns, des plages de sable noir obsidienne, de la saveur incomparable du miel de palme, des mangues, des bananes et des avocats mûrs à point, de la brume imprévisible et comme animée par une volonté propre, des ruelles pavées et chaleureuses de San Sebastian. Des nuits sous des cieux comme je n'en avais encore jamais admirés. De la soirée passée en joyeuse compagnie, dans la chaleur du tipi, à flanc de falaise. Des baignades nus dans une mer chaude et houleuse. Du ressac sonore des vagues sur les galets. De la plage de Trigo, havre de paix pour tout bon Robinson Crusoé. De l'accueil si chaleureux de Loreena, de la complicité avec les pirates jongleurs, de nos enfants qui jouaient avec d'autres fraîchement rencontrés en oubliant la barrière de la langue.




Tout cela, c'était du pur enchantement.

Mais je ne suis pas là pour faire croire que tout était toujours parfait dans un merveilleux monde idéal, ou ce ne serait pas dépeindre avec justesse la réalité d'un voyage =) 
Il y a aussi eu des galères, forcément.

Aux Canaries, dans le souci de préserver la nature, le camping sauvage n'est pas autorisé. Seulement, il n'y a quasiment aucun camping nulle part (un seul pour toute l'île de la Gomera par exemple!) A Tenerife, il y a bien des aires gratuites où le camping est autorisé, mais qu'il faut réserver une dizaine de jours à l'avance (difficile pour nous, qui n'avions pas de quoi charger notre téléphone, et ne savions pas où nos pas nous conduiraient d'un jour à l'autre) Notre budget n'autorisait pas de nuits d’hôtel ni de location coûteuse, alors nous avons tout de même opté pour le bivouac, hormis sur quelques plages particulièrement sauvages et isolées où on s'attardait davantage. En évitant soigneusement les zones protégées, on montait la tente au coucher du soleil, et on la démontait aux premières lueurs du jour, sans laisser aucune trace. Mais c'était toute une logistique, de packer en vitesse tous les sacs à peine levés, avec les enfants à gérer en parallèle. On n'a au final croisé la guardia civile que deux fois (quand on n'avait pas encore remballé nos affaires haha) mais ça s'est plutôt bien passé et on s'en est sortis sans amende.

Heureusement, on a pu obtenir de bons conseils pour trouver quelques plages perdues où camper : il en existe avec des grottes habitées, d'autres aménagées pour les Rainbows Gathering, bref plusieurs très bonnes surprises! J'ai aimé goûter à cet isolement. Le seul point délicat dans ces lieux là, c'était la gestion du stock d'eau potable : avec deux petits, il était hors de question de plaisanter là dessus. Ça représentait plusieurs kilomètres à pied chargés avec deux bidons qui, sitôt ramenés, étaient vite engloutis.

On a aussi eu l'occasion de se faire héberger chez plusieurs locaux adorables, et s'offrir quelques nuits dans des pensions spartiates mais agréables.

On cuisinait au feu de bois, ça ne changeait pas trop nos habitudes, mais on avait tout de même un petit réchaud de dépannage au cas où.




On a beaucoup marché. Les Canaries sont des îles volcaniques, avec le dénivelé qui va avec : c'était sport! Mon sac à dos faisait douze kilos, mon fils dans le porte-bébé quant à lui en pesait seize: je portais donc la moitié de mon propre poids. Autant dire que j'ai gagné en biscotos ;) Et en courbatures le soir... Ce qui pesait lourd, c'était la tente, le nécessaire pour cuisiner, et surtout, l'eau. Encore une fois quand on porte pour quatre, ça change la donne!

En terme de kilomètres parcourus, c'était très variable. Au maximum, on en a fait 13 par jour, avec deux petits lutins et au vu du dénivelé, c'est pas mal =)

Pour un premier voyage avec enfants hors frontières connues, les Canaries sont une destination adaptée : ce n'est pas dangereux en terme de risques sanitaires, c'est dépaysant sans être trop lointain, les paysages sont étourdissants.

Ah pour la petite histoire, on a quand même essuyé une tempête tropicale peu après notre arrivée! Sur les côtes de Tenerife, les vagues montaient jusqu'aux balcons! Mais nous étions à l'abri à Valley Gran Rey, qui était plutôt épargné (malgré les vagues très impressionnantes)





Globalement, voyager avec des petits enfants est un passeport pour les belles rencontres, les mains se tendent plus facilement, les gens se méfient moins. 


Un aspect un peu étrange du voyage malgré tout, quand on atterrissait dans des lieux civilisés et touristiques, on se sentait vraiment comme des extra terrestres : avec nos dégaines, nos sacs à dos débordants de tous les côtés, nos habits usés par le voyage, les enfants hirsutes qui courraient pieds nus, parfois le regard des touristes proprets était comment dire... un peu dur à encaisser. Au quotidien, du fond de notre forêt, on avait perdu l'habitude d'être regardés de travers. En fait, ça attirait un extrême et l'autre dans les réactions : soit de la désapprobation silencieuse mais manifeste, soit au contraire, de grands sourires, des pouces levés, des petits cadeaux (du turron, des fruits...) ou des remarques du type : "C'est fantastique ce que vous offrez à vos enfants!"

Fantastique, pour sûr! Il me tarde d'y retourner...
En attendant, je vous laisse avec quelques souvenirs en images... 


La playa de Inglès, aux lueurs de l'aube.


Dans une délicieuse piscine d'eau de mer près de Hermigua.

Papa sherpa!
Traditionnel tressage du palmier...
Parc national du Garajonay
Lunaire Lanzarote...

Déambulation dans les rues de San Sebastian.



Rarement contemplé ciel aussi pur...

"Réjouis toi car tout lieu est ici et tout moment est maintenant!"


jeudi 23 août 2018

J'ai testé... la langue des signes!



Une nouvelle rubrique voit le jour sur ce blog! Je pensais y témoigner de diverses pratiques que j'expérimente avec mes enfants, qu'il s'agisse de portage, de cododo, d'allaitement, de communication, etc... Sans autre but que simplement partager mes ressentis, échanger avec ceux qui auraient testé les mêmes approches, ou ceux qui s'interrogeraient sur ces différents sujets. Un genre de "j'ai testé pour vous", somme toute =)

Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de la langue des signes.

Mes enfants ne sont pas malentendants, mais j'ai réalisé combien l'utilisation de cet outil pouvait être merveilleux pour faciliter la communication avec les touts-petits (outre le fait que cette connaissance continuera de leur être utile plus tard) Utiliser les signes incite à adopter une bonne attitude de communication : cela pousse à prendre le temps, à se mettre à la hauteur de l'enfant, à bien capter son regard. Ils peuvent alors très tôt commencer à exprimer leurs besoins basiques, ce qui est sécurisant pour eux.

Je n'ai pas employé la langue des signes avec mon aînée, qui a aujourd'hui quatre ans. Elle a su parler très tôt, à tout juste 20 mois elle faisait déjà des phrases construites avec verbe/sujet/complément (j'avais presque oublié et ne l'ai réalisé qu'en regardant récemment des vidéos prises à cette période!) Cependant  signer les mots les plus courants lui aurait évité bien des frustrations : je nous revois encore son père et moi, impuissants, face à une petite luciole de quelques mois qui s'échinait désespérément à nous faire comprendre quelque chose qui nous échappait complètement. Sa sensibilité étant exacerbée, et sa tolérance à la frustration très limitée, ça finissait presque toujours en crise.

Pour le petit bonhomme qui nous a rejoints trois ans après, une amie m'a offert "Bébé s'exprime par signes", un livre d'Anaïs Galon et Christine Nougarolles. Je n'avais jamais pensé à signer avec un enfant entendant, et ça m'a intriguée : je me suis lancée.

On peut entamer l'échange par signes dès 6 mois, en commençant par les mots du quotidien. Il faut bien penser à oraliser le mot tout en le signant, le but n'étant pas que le signe remplace la parole. Il existe plein de livres pour apprendre le LDS en même temps qu'on le transmet à l'enfant, un petit tour en librairie ou bibliothèque et on est sûr de trouver! Pour pouvoir comprendre et se faire comprendre de votre bébé, cela suffit, et souvent quelques raccourcis ou variations s’immisceront, ce sera alors votre petit langage à vous. (Mais pour apprendre le langage des signes complet de façon précise, et pouvoir échanger couramment avec des malentendants, mieux vaut se tourner vers une formation.)

Je ne peux que vous encourager vers cette pratique. Mani a maintenant un an et demi, il dit déjà quelques mots, mais se fait principalement comprendre par signes : "encore", "j'ai faim", "j'ai peur", "j'ai besoin de faire pipi". Depuis qu'il se sent compris, nos rapports sont plus fluides et la confiance est instaurée. Ça n'empêche pas la frustration, mais au moins, il est sûr qu'on a capté =D Dans des cas de dangers, les signes ont montré leur efficacité : "attention", suivi de "c'est chaud!" devant le poêle à bois ; hop il répète les signes en me regardant, non seulement ça le détourne de l'élan qu'il avait en direction du feu, mais il semble intégrer doublement le danger et s'en éloigne. 

Quelques références pour se lancer : 

* Communiquer avec bébé, un excellent ouvrage, hélas difficilement trouvable autrement que par internet (ici)

* Bébé s'exprime par signes, simple, assez complet, et efficace : ici

* Les vidéos de Symbolicone, une orthophoniste qui a fait de mini tutos sur youtube, pour plusieurs signes courants.

Bonne découverte à vous!


(Photo de ma luciole devant le feu 
par mon amie Ambre de l'Alpe).

mercredi 13 septembre 2017

Education bienveillante et réajustements.





Ce soir, j'ai envie de faire un petit point sur l’éducation bienveillante!

Parce qu’appliquer la parentalité positive quand on ne dort que quelques heures (le plus petit ayant décrété que faire ses nuits, c’était so mainstreamet que la plus grande, en pleine crise des trois ans, teste outrageusement tes limites à tout bout de champ… eh bien c’est sportif, oui oui ma bonne dame.

Et ça permet de prendre du recul sur pas mal de choses, de voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins, de réaliser qu’il y a des idées supers en théorie et pas du tout en pratique, etc… En voici quelques bribes, quelques pistes de réflexion.

Alors... Par où commencer? Ah oui!

Trop de choix tue le choix.

Oui.

Jusqu’alors, je laissais à ma fille une très large liberté de choix au quotidien, croyant bien faire, mais... sans imaginer qu’il pouvait y avoir un revers à la médaille. 

Être une maman à l’écoute, qui offre à son enfant la possibilité d’être acteur dans la prise de certaines décisions qui le concerne est non seulement génial, mais en plus, crucial dans sa construction en tant qu’individu qui fait ses choix et en comprend les conséquences. Mais. A mesure des expériences, quelque chose me pousse à dire qu’il y a des limites dans cette méthode, et qu’il s’agit de trouver un équilibre.

Je m’explique : notre enfant compte sur nous, parents, pour développer chez lui un sentiment de sécurité. Alors mettons-nous donc à leur place, comment se sentir tranquillisé lorsque l’adulte, le repère, le guide, donne l’impression de compter sur l’enfant pour faire le choix à sa place, voire qu’il ne sait pas lui-même quoi décider ? Ajoutons à cela la pression de la surinformation, qui entraîne à coup sûr la crainte, face à trop de choix, de ne pas faire le bon. Alors en croyant respecter son petit bout, on finit par l’égarer.

Quotidiennement, je demandais à ma fille comment elle voulait s’habiller ce matin, ce qu’elle avait envie de manger, où elle avait envie d’aller à tel moment, faire plutôt ou plutôt ça, etc. Et je sentais croître une certaine nervosité là où il me semblait qu’elle avait une porte grande ouverte sur de merveilleuses opportunités. En fait elle avait juste besoin de se sentir aiguillée, et se fichait pas mal d’être consultée sans arrêt. Pire, en fait, ça l’angoissait...

Donc à force de discuter avec d’autres parents qui fonctionnent comme nous, et tombent sur le même constat, mais aussi avec mes propres parents, j’ai décidé de rectifier un peu le tir. 

Laisser son enfant crouler sous une montagne de choix, ok, ce n’était pas la meilleure chose à faire. Mais tout décider à sa place, n’est pas bon non plus. Ma fille n’est pas un chien à qui je vais donner des ordres, elle m’obéit parce que ça a du sens, pas parce que « c’est comme ça, c’est moi qui décide, point »

Alors à force de tâtonner, on a instauré quelque chose de nouveau : chaque matin on liste nos « besoins du jour », pour avoir un peu le choix de ce qu'on a envie de faire dans la journée. Deux ou trois, pas plus. Souvent ce qui revient chez elle, c’est "lire telle histoire, jouer, être avec toi." Du coup moi j’évoque plutôt des trucs d’adulte (pas toujours le choix en même temps hein) bref des impératifs du type « faire la vaisselle ou désherber telle butte » pour que ça puisse être fait, mais en y ajoutant un petit truc fun qui rejoint son besoin de jouer. On trouve à peu près l’équilibre comme ça dernièrement, et notre quotidien a moins des airs de champ de bataille. En parallèle, elle a toujours de petits choix, du type voir si elle veut porter un manteau ou si elle estime qu'il fait chaud, par exemple. Mais on aiguille davantage, on balise le chemin, en quelque sorte. Et ça a l'air de porter ses fruits.

D’autres choses qui fonctionnent bien, sinon : restreindre le choix, par exemple ne plus avoir qu’à décider entre deux choses, mais aussi accompagner la réflexion dans la prise de décision, et surtout, proposer des choix qui ne concernent QUE l’enfant, rien qui n’implique une responsabilité (même minime, ça peut peser lourd sur de petites épaules) ou quoique ce soit d'extérieur.

Voilà pour le petit enseignement que j'ai reçu récemment.

Illustration : Wonderjane

On apprend en même temps que nos enfants. Et justement...

L'éducation positive construit des enfants qui s'éloignent des normes de tous les jours.

Oui. Ça fait des enfants bruyants, émotifs, qui n'ont pas peur de s'exprimer, qui cassent un peu la baraque. Ils passent souvent pour des mal élevés ou des casses-pieds. Ça demande de s'accrocher, d'y croire, de sentir que ça leur réussit et que ça leur servira plus tard. Malgré les regards sceptiques ou les remarques désobligeantes.

Sans oublier, comme une amie que l'a un jour fait remarquer, qu'appliquer l'éducation bienveillante, ça doit aussi passer par être bienveillant avec soi. Comment agir en toute sérénité si on manque d'empathie avec soi-même? Si on s'oublie, si on est hyper rigides? Ça ne peut pas fonctionner. On est juste humains, on fait des bourdes, on va en refaire, et ça ne fait pas de nous de mauvais parents.

Il y a toujours des moments de doutes, qui eux aussi, poussent justement à la réflexion. Surtout quand on est plusieurs mamans à échanger sur le sujet, à s’interpeller, à ouvrir le débat.

"La bienveillance, j’ai essayé et ça ne marche pas, regarde !"

La maman qui m’a dit ça il y a peu venait d’être confrontée à une grosse crise de la part de son enfant de quatre ans, du type « je me roule parterre à la moindre frustration et je pousse des hurlements à glacer le sang » (Peace, la mienne fait pareil) La maman a essayé de lui parler calmement et factuellement… ça n’a pas marché. L’enfant a tenu tête et la situation ne s’est pas débloquée. Elle était très remontée contre « tous ces discours bienveillants à deux balles ». Mais après coup on en a discuté toutes les deux à tête reposée et nous sommes parvenues je crois à soulever l’un des nœuds du problème. Cette maman a admis qu’à ce moment de crise –comme souvent d’ailleurs- elle était bienveillante uniquement en façade. En gros, elle applique la parentalité positive mais tout en transpirant l’envie de meurtre au couteau à beurre. Résultat, elle s’adresse mécaniquement à son enfant, sur un ton faussement doucereux et tout en tremblant de nerfs ; et ça, il le sent, ça le déstabilise complètement, voire même le pousse à chercher les limites un peu plus loin encore, jusqu’au point de rupture. Bref on en a conclu l’une comme l’autre qu’une façade bienveillante est pire qu’une maman qui assume ses émotions de l’instant et se met à crier.

Comme dans toute situation, c’est un coup à prendre, réussir à ne pas se laisser déborder ni envahir par ce que cela suscite de négatif en nous, respirer à fond, accepter les choses comme elles viennent. Une fois sur trois, je n’y parviens pas hein, ce n’est pas une leçon de morale mais simplement une piste de réflexion. Tu m’étonnes, hein, quand tu essuies une crise cataclysmique (devant témoins, pire…) c’est difficile de ne pas se sentir submergé.


Dessiner pour enrayer une crise de colère nous a récemment beaucoup aidés. J'ai proposé, à tout hasard, à ma fille au visage rubicond et aux sourcils froncés, qui venait de faire une grosse crise chez un couple d'amis, de "dessiner sa colère" sur de grandes feuilles. Elle a pris ses craies rouges et noires, elle a gribouillé sur de grandes feuilles, "un gros orage de tempête de colère!". Puis sur une autre, elle s'est dessinée, avec son petit frère posé sur sa tête, parce que "quand même des fois il prend toute la place..." Puis un dernier dessin d'une grosse rivière, là elle a beaucoup pleuré dans mes bras, puis tout s'est désamorcé. 


Bon elle s'est représentée souriante, ça va, quand même =)

Ça ne marche pas toujours aussi bien. Mais des fois, c'est chouette.

Le problème c'est que, souvent, conserver son calme dans des situations de crise (enfant qui tape, qui ne supporte pas la frustration, etc) apparaît comme un cruel manque d’autorité. Personnellement, j’ai cessé d’essayer de me justifier auprès des gens qui s’insurgent et lançent à tout-va des « A ta place, je n’aurais pas laissé passer ça. » On peut prévoir tant qu’on veut, se promettre des choses, en affirmer d’autres, rien ne se passe jamais comme on l’avait planifié. Moi, je préfère mille fois montrer à ma fille qu’on peut rester calme dans toutes les situations, plutôt que répondre par la violence verbale ou la punition juste pour montrer que c’est moi la patronne et être approuvée par l'entourage. Tant pis pour ceux qui désapprouvent. Il y en aura toujours.

Bref.
Je suis fatiguée, un peu.
Mais je crois toujours en l'éducation bienveillante.
Et je n'échangerais ma place pour rien au monde.